Jean-Baptiste Marchand
1863–1934
- Officier d'infanterie de marine
- Chef de la mission Congo-Nil (1896–1899)
- Général de division (1917)
Monument

Décidé en 1934 à la mort de Marchand, daté de 1939 sur la pierre, achevé et inauguré en 1949 : un mur de pierre d'une dizaine de mètres, orné d'un haut-relief à la manière de la colonne Trajane, dressé face à l'ancien musée des Colonies.
Le relief met la hiérarchie coloniale en images : les militaires français en uniforme et chaussés, les tirailleurs sénégalais vêtus mais pieds nus, les porteurs réduits à un pagne, courbés sous la charge.
Le bouclier de bronze le dit plus nettement encore. Il nomme un par un les quinze militaires français, du capitaine au second-maître, puis s'adresse « à ses cent cinquante-deux tirailleurs sénégalais », dénombrés mais anonymes. Les milliers de porteurs qui ont rendu la traversée possible n'y figurent pas. Le socle énumère les théâtres : Sénégal, Soudan, Côte d'Ivoire, Congo, Nil, Chine, Grande Guerre.
La statue de Marchand qui complétait l'ensemble a été détruite à l'explosif en 1983, action revendiquée par l'Alliance révolutionnaire caraïbe. Elle n'a pas été reconstituée : le monument reste en place, amputé de son héros.
Photo Chabe01, CC BY-SA 4.0
Engagé simple soldat en 1883, Jean-Baptiste Marchand fait sa carrière dans la conquête : le Sénégal, puis le Soudan français à partir de 1890 sous les ordres d'Archinard, où il est blessé, puis la mission d'exploration de Kong en Côte d'Ivoire. En juillet 1896, il obtient de conduire la mission Congo-Nil, qui doit porter le drapeau français jusqu'au Nil pour couper la route des Britanniques. Quatorze militaires français et environ cent cinquante tirailleurs africains atteignent Fachoda le 10 juillet 1898.
Ce que la mémoire française retient est le face-à-face avec Kitchener du 19 septembre 1898, la crise diplomatique, et le repli sur ordre de Paris en janvier 1899. Marchand rentre en héros national : accueil triomphal à Toulon, ovation au défilé du 14 juillet. Sa trajectoire est ensuite celle d'un officier couvert d'honneurs, général de division en 1917 après quatre ans à la tête de la 10e division d'infanterie coloniale.
Ce que cette mémoire laisse dans l'ombre commence avant le départ. Au Congo français, Marchand obtient les pleins pouvoirs pour réprimer la révolte des Batékés, et pèse dans le rappel de Brazza, dont il juge la politique trop favorable aux populations. Dans une lettre du 17 novembre 1896 publiée et analysée par l'historien Marc Michel, il livre à son subordonné Mangin la région de Comba-Brazzaville « à discrétion », plantations et récoltes comprises : « Aucun ménagement à garder. » Il rapporte lui-même avoir fait enfumer la grotte où s'était réfugié le chef Mabiala Ma Nganga — la méthode des enfumades du Dahra, un demi-siècle plus tôt.
Le portage est l'autre versant. Le capitaine Baratier, membre de la mission, chiffre l'expédition à 3 049 charges de trente kilos, le maximum qu'un homme puisse porter sur la tête. Ces charges sont transportées par des milliers de porteurs recrutés de force, parfois pris dans la main-d'œuvre asservie des sultanats, sur un trajet où la famine et la maladie du sommeil font des ravages. Une lettre d'un sous-officier, publiée par L'Aurore le 15 mai 1899, décrit l'exécution des porteurs rattrapés en fuite. Les pertes se comptent par milliers. Du côté français, aucun tué au combat.
L'échelle exacte de cette mortalité reste discutée : la mission n'a pas donné lieu au scandale parlementaire qu'a connu la colonne Voulet-Chanoine, et les morts africains n'ont pas été comptés. Ce qui n'est pas discuté, c'est le mécanisme : une traversée de l'Afrique conçue pour quatorze Européens et rendue possible par la réquisition, sous la menace des armes, de dizaines de milliers de porteurs. Le monument parisien le dit à sa manière : quinze militaires français nommés un par un, cent cinquante-deux tirailleurs sénégalais comptés sans être nommés, et pas un mot des porteurs.
Repères
- 1890Campagnes du Soudan français sous les ordres du colonel Archinard.
- 1896Pleins pouvoirs pour réprimer la révolte des Batékés ; ordre écrit à Mangin de ne garder « aucun ménagement » sur la région de Comba-Brazzaville.
- 18973 049 charges de trente kilos portées à dos d'homme ; recrutement forcé des porteurs, désertions, exécutions et mortalité de masse.
- 1898Arrivée à Fachoda le 10 juillet, face-à-face avec Kitchener le 19 septembre.
- 1899Retour triomphal en France ; publication par le journal L'Aurore d'une lettre décrivant le sort réservé aux porteurs.
- 1949Inauguration à Paris du monument à la mission Marchand, face à l'ancien musée des Colonies.
Où, en France
Sources
- Jean-Baptiste Marchand, Wikipédia
- La « mission Marchand » et Fachoda, Histoire coloniale et postcoloniale
- Le monument de la Mission Marchand à la gloire d'une expédition coloniale meurtrière, Histoire coloniale et postcoloniale
- « Aucun ménagement à garder » : pour une autre histoire de la mission Congo-Nil, Olivier Favier
- La Mission Marchand (1895-1899), Marc Michel, Mouton, 1972
- Les Héros de l'Empire : Brazza, Marchand, Lyautey, Gordon et Stanley, Edward Berenson, Perrin, 2012
- Monument à la mission Marchand, Wikipédia
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